
La récente polémique autour de la révocation annoncée de la ministre des sports révèle, une fois de plus, les contradictions et la duplicité d’un pouvoir incapable d’appliquer les mêmes standards de justice à tous ses membres. La conseillère présidentielle Régine Abraham, en brandissant son veto et en invoquant la présomption d’innocence, soulève un problème majeur : pourquoi cette présomption ne vaut-elle que pour certains et pas pour d’autres ?
Si l’on juge nécessaire de démettre une ministre sur la base de soupçons, alors, par cohérence et par souci de transparence, les trois conseillers présidentiels cités dans le rapport de l’ULCC et déjà inculpés par la justice dans le scandale de la BNC devraient également se retirer du Conseil présidentiel de Transition, martèle Mme Abraham. Effectivement, ce silence et cette inertie qui révèlent l’ampleur de la corruption systémique au sommet de l’État.
Cette affaire n’est pas un simple épisode isolé. Elle traduit un dysfonctionnement structurel où la lutte contre la corruption devient une arme politique, selon les intérêts et les équilibres internes du pouvoir. Une telle pratique non seulement fragilise la légitimité des institutions, mais elle entretient aussi un climat de méfiance et de désespoir dans une société déjà meurtrie par les crises successives.
Il est urgent de rompre avec cette culture de l’impunité qui protège certains et sacrifie d’autres. Le peuple haïtien mérite un État cohérent, où la transparence ne soit pas un slogan vide, mais une exigence inaliénable.



