
Ce mercredi 22 octobre 2025, un mémorandum émanant du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC), signé par le ministre Raphaël Hosty, a désigné l’ingénieur Wilson Augustin, actuel Directeur Départemental du Nord, pour assurer l’intérim de la Direction Départementale du Nord-Est.
Une décision administrative qui, en apparence anodine, traduit pourtant toute la dérive éthique et le désordre institutionnel d’un État déjà rongé par la corruption et le clientélisme.
En fait, depuis le 16 septembre 2025, la directrice départementale du MTPTC/Nord-Est, Thérèse Horderlyne Altenor Françoise, a été arrêtée à la demande de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) pour corruption, détournement de fonds publics et usage de faux documents d’identité.
Depuis l’arrestation de Mme Altenor, aucune déclaration publique n’a été faite par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ni le Premier ministre. Ce silence, dénoncé par plusieurs observateurs, trahit une complicité passive et une indécence administrative. Alors que les infrastructures du Nord-Est se dégradent et que les projets communautaires sont à l’arrêt.
Au lieu d’engager une procédure transparente de remplacement, le MTPTC a préféré confier la direction du Nord-Est à un autre directeur départemental déjà en poste dans le Nord, l’ingénieur Wilson Augustin. Le mémorandum du 22 octobre, tout en reconnaissant l’ indisponibilité temporaire de la directrice incarcérée, présente cette désignation comme une simple mesure administrative.
Selon des documents transmis aux enquêteurs, des millions de gourdes destinées à la réhabilitation de la place publique de Ouanaminthe auraient disparu. Des chèques étaient émis au nom de personnes fictives ou de membres de famille n’ayant jamais travaillé. En un clin d’œil 27 millions de gourdes auraient été dépensées sans aucune pièce justificative légale. Pire encore, Mme Altenor aurait avoué verbalement avoir versé trois millions de gourdes en pot-de-vin pour faciliter sa prise de fonction, confirmant ainsi l’ampleur de la corruption systémique.
Comment justifier qu’un poste aussi stratégique reste vacant pendant plus d’un mois ? Comment admettre que la lutte contre la corruption soit réduite à un slogan, pendant que les responsables impliqués continuent d’être protégés par les silences du pouvoir ?
La réponse, hélas, est simple: «la corruption n’est plus une exception, mais une méthode de gouvernance»/.
Ce dossier symbolise à lui seul la faillite morale et administrative de l’État haïtien.
La fonction publique n’est plus un espace de compétence, mais un marché de faveurs, où les alliances occultes et les complicités mafieuses dictent les nominations. Même lorsque la justice agit, c’est l’appareil politique lui-même qui freine ou neutralise le processus, préférant protéger les siens plutôt que d’assainir l’administration.
Face à ce scandale institutionnel, la société civile, les médias indépendants et les citoyens engagés doivent refuser ce statu quo destructeur. Fermer les yeux sur cette indécence, c’est accepter que la corruption demeure la norme et que les institutions publiques continuent d’être otages de leurs propres dérives. Il est urgent que le CPT prenne ses responsabilités, remplace officiellement la directrice incarcérée et lance une opération de nettoyage profond au sein du MTPTC.



