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Wensky Appolon, un cœur accordé à la mélodie avant de toucher l’instrument

Il est assez courant, dans la ville de Ouanaminthe, de s’asseoir dans un lieu de loisir ou de détente et d’entendre le murmure lointain de quelques notes mélodieuses portées par la brise. Ces sons, transportés par les courants d’air frais qui inondent la ville, semblent célébrer un moment important (une demande en mariage, un anniversaire, ou simplement une supprise romantique pour la beauté d’un soir). Et derrière cet instrument qui fait frissonner l’air se cache un homme, un rêveur, un artiste : « Wensky Sax », de son vrai nom Wensky Appolon.

Né le 5 novembre 1996 à Monbin Crochu (qu’il revendique avec fierté comme sa véritable ville de naissance), fils de Gérard Appolon (décédé) et Anne Marie Chertoute. « Mwen pa vrèman gen yon pyès ki ka jistifye mwen fèt Monbin Crochu, donk se Wanament ki nan pyès mwen kòm vil de nesans, a-t-il confié au journal. Dixième enfant d’une grande fratrie de onze, il grandit dans une famille chrétienne où le respect et l’honnêteté traçaient les lignes de sa vie.

Son enfance fut joyeuse, rythmée par les rires et les jeux de ballon. « Mwen te renmen jwe football anpil », confia-t-il. Entre l’école, l’église et la maison, il apprit la rigueur et la foi, deux vertus qui allaient plus tard forger son caractère d’artiste persévérant.

Son parcours scolaire débute au Collège Dieu Seul Maître à Monbin Crochu, se poursuit au Lycée Capois-La-Mort de Ouanaminthe, où il termine ses études classiques en 2017, avant de traverser la frontière dominicaine pour étudier la Comptabilité informatisée. Mais à son retour, au Campus Roi Henry Christophe de Limonade, en intégrant la Faculté des Beaux-Arts, son véritable univers intérieur prend forme. Étudier l’art n’était pas un hasard  pou Wensky.

Avant la musique, il y eut la peinture. C’est d’elle qu’est venu son premier salaire, celui qu’il remit fièrement à sa mère. Mais, en lui, brûlait un feu plus ancien, une mélodie inscrite dans sa chair: « Mwen ka di mwen se yon mizisyen ne ».

Un jour, il entendit le guitariste Gabriel Laporte du groupe Disip jouer un solo. Ébloui, il s’écria : « tonnè kraze m, fòk mwen jwe nan yon djaz kanmenm !» Ces mots lui valurent cent coups de fouet  de la part de sa grande sœur comme la sentence d’un foyer où la musique profane était jugée indigne. Mais la passion, elle, ne se punit pas, elle s’enracine.

C’est en observant Relex Georges, saxophoniste du groupe Tropicana d’Haïti, que son rêve prit corps. Le jeune Wensky, alors enfant, suivait les processions funèbres de Ouanaminthe, fasciné par les mouvements des musiciens. Les coups reçus à la maison n’y changeaient rien, dans son âme, le saxophone l’appelait.

Apprendre cet instrument, pourtant, relevait du miracle. Sans argent, orphelin de père depuis 2011, il frappa à la porte du Maestro Jules Kedy, par l’entremise d’une nièce. Il lui dit avec humilité qu’il voulait apprendre à jouer, mais qu’il ne pourrait pas payer. «Mwen pa gen pwoblèm, men fòk ou pa sanwont », répondit le maestro. Ces mots furent sa clé.

Très vite, Wensky devint l’un des meilleurs saxophonistes de la Fanfare de maestro Kedy. Deux ans plus tard, le maestro lui remit son premier cachet en disant : « Wensky, jodi a kontra a bout, mwen deside kòmanse peye w». C’était la récompense d’un apprentissage forgé dans la patience et le courage.

Aujourd’hui, Wensky est membre du «Jòf Mizik Band» du Cap-Haïtien, après être passé par «4Las» à Fort-Liberté, il a fondé à Ouanaminthe son propre groupe «Troubadou Kreyòl». Il consacre aussi son énergie à mettre sur pied un concert annuel pour célébrer la journée mondiale de la musique, chaque 21 juin, au Centre culturel Marie Louise Coidavid. « Nan jounen sa nou onore tout kalite mizik tankou :Jazz, Blouse, Classique, Kompas, Reggae, etc. », nous a-t-il raconté.

Quand il joue, le monde semble s’arrêter. « Pi gwo plezi m se lè m chita yon kote enstriman m nan men m epi map jwe » dit-il, le regard tourné vers l’horizon. Pour lui, la musique n’est pas un métier, mais une respiration. Si c’était à refaire, il choisirait encore la musique, toujours la musique.

Son message à la jeunesse haïtienne résonne comme un refrain d’espérance : « Chak jèn dwe aprann konnen valè yo pou yo pa kite move lavi ak van dezespwa lakoz yo vann diyite yo. » Dans ses mots comme dans ses notes, Wensky Apolon prêche la dignité, la foi et la lumière. Il joue non seulement pour plaire, mais pour élever.

Et lorsque la brise du soir transporte les sons de son saxophone à travers les ruelles de Ouanaminthe, il ne s’agit pas simplement de musique. C’est la voix d’un homme qui, né dans l’humilité et a choisit de vivre tout simplement en harmonie avec son rêve.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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