
Journaliste, juriste et leader d’opinion reconnu, Jean Rony Augustin s’est imposé au fil des années comme une voix crédible dans l’analyse des crises politiques haïtiennes. Fort de son expérience et de sa notoriété, il propose aujourd’hui une réflexion structurée et argumentée sur une sortie de crise à l’approche du 7 février, date marquant la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Cette proposition s’inscrit dans un contexte national marqué par une instabilité profonde et persistante.
Depuis l’assassinat tragique du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Haïti traverse une crise institutionnelle et politique sans précédent. Cette rupture de l’ordre constitutionnel a favorisé la dégradation accélérée de la situation sécuritaire, l’expansion des groupes armés, l’effondrement économique et l’aggravation des conditions de vie de la population. Les différentes formules de gouvernance expérimentées depuis lors n’ont fait, selon l’auteur, qu’approfondir le malaise national.
Jean Rony Augustin dresse un constat sévère du processus ayant conduit à l’instauration du Conseil Présidentiel de Transition, issu d’arrangements politiques sous l’égide de partenaires internationaux. Selon lui, loin de stabiliser le pays, cette configuration à neuf membres, largement représentative de la classe politique traditionnelle, a plongé Haïti dans une confusion accrue à savoir la perte de territoires, insécurité généralisée, échec du référendum, impossibilité d’organiser des élections et rivalités internes au sommet de l’État.
Face à cette situation, trois scénarios de sortie de crise sont analysés. Le premier, fondé sur l’article 149 de la Constitution de 1987 et le recours à la Cour de cassation, se heurte à de graves contradictions constitutionnelles et à des contestations sur la légitimité même de cette institution. Le deuxième scénario, qui consisterait à confier à nouveau la transition à la classe politique, est jugé dangereux et contre-productif, au regard de l’échec manifeste du CPT et des risques de corruption, de gaspillage des fonds publics et de nouvelles instabilités électorales.
Le troisième scénario, privilégié par Jean Rony Augustin, repose sur l’implication d’institutions étatiques moins contestées et disposant d’un capital moral encore intact. Il identifie la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA) et l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) comme les deux piliers capables de conduire une transition crédible. Il met en avant le rôle déterminant de Me Rogavil Boisguéné à la CSC/CA dans la lutte contre la dilapidation des fonds publics, ainsi que les résultats probants de l’ULCC sous la direction de Me Hans Jacques Ludwig Joseph, notamment la production de dizaines de rapports d’enquête sur des cas de corruption.
En conséquence l’auteur propose un exécutif bicéphale pour une transition de deux ans, avec Me Hans Jacques Ludwig Joseph comme président et Me Rogavil Boisguéné comme Premier ministre, avec l’appui de la communauté internationale. Cette transition serait structurée autour de trois phases : le rétablissement de la sécurité et la finalisation du référendum, l’organisation complète des élections, afin que, le 7 février 2028, Haïti se dote de dirigeants légitimes, démocratiquement élus et constitutionnellement établis. Une vision qui se veut un appel à la raison, à la morale publique et à l’espoir d’un retour durable à l’ordre démocratique.



