
La publication, en trois langues, d’une note officielle de l’ambassade des États-Unis annonçant des restrictions de visas contre deux membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) marque un niveau élevé de l’indécence diplomatique dans l’ingérence américaine dans les affaires politiques haïtiennes. Présentée comme une mesure administrative, cette décision s’apparente en réalité à une mise sous tutelle politique assumée, imposée sans aucun respect pour la souveraineté nationale.
En invoquant l’implication présumée de certains membres du CPT dans des activités de gangs, Washington se substitue ouvertement aux institutions judiciaires haïtiennes. Aucune procédure contradictoire, aucune décision de justice locale, aucun mécanisme institutionnel haïtien n’est mentionné. Les États-Unis se posent ainsi en juge, enquêteur et sanctionneur, reléguant l’État haïtien au rang de simple spectateur.
Le recours à l’article 212(a) (3;C) de l’Immigration and Nationality Act, fondé sur la protection de la politique étrangère américaine, révèle la véritable logique de cette action. En effet, il ne s’agit pas d’aider Haïti, mais de défendre des intérêts géopolitiques propres. Sous couvert de lutte contre le terrorisme et les gangs, Washington instrumentalise la crise haïtienne pour dicter sa ligne politique et discipliner des acteurs jugés peu soumis.
Cette posture est d’autant plus choquante quand les États-Unis prétendent, dans le même communiqué, œuvrer pour la stabilité d’Haïti et le bien-être du peuple haïtien. En fait, une stabilité imposée de l’extérieur, par des sanctions unilatérales et des pressions diplomatiques, ne peut produire que davantage de méfiance, d’affaiblissement institutionnel et de dépendance politique.
L’indécence de cette ingérence est intolérable. Haïti ne peut se reconstruire sous la menace permanente de décisions étrangères prises sans transparence ni respect de son ordre juridique. La lutte contre l’insécurité et l’impunité doit être menée par des institutions haïtiennes fortes et légitimes, non par des injonctions venues de l’extérieur qui perpétuent un cycle de domination et d’humiliation nationale.



