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Après quatre ans des zones d’ombre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse refont surface

Quatre ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, les audiences en cours devant un tribunal fédéral de Miami ravivent les interrogations entourant la gestion de la scène de crime. Au cœur des débats, le témoignage de l’agent spécial du FBI, Martin Suarez, met en lumière des lacunes majeures dans la collecte des preuves. L’absence de relevés d’empreintes digitales et de prélèvements d’ADN sur les lieux du drame suscite un examen minutieux de la procédure, alimentant les doutes sur la solidité de l’enquête initiale.

À la barre, l’agent Suarez a décrit une scène d’une violence extrême : impacts de balles disséminés sur les murs et les fenêtres, traces de sang abondantes autour du lit présidentiel, et indices laissant supposer la présence de la Première dame, Martine Moïse, grièvement blessée lors de l’attaque. Pourtant, malgré ces éléments troublants, aucun échantillon biologique n’a été conservé à des fins d’analyse. Plus de quarante objets collectés, dont des douilles, des téléphones et une grenade assourdissante ont été saisis par la police haïtienne, mettant un terme prématuré aux investigations du FBI sur le site.

Le procès met également en cause quatre accusés basés dans le sud de la Floride, dont Arcángel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, James Solages et Walter Veintemilla. L’accusation les présente comme les architectes d’un complot visant à recruter des mercenaires colombiens pour assassiner le chef de l’État, dans l’espoir d’accéder à des contrats publics lucratifs. La défense, en revanche, avance une thèse radicalement différente, évoquant une opération qui aurait initialement visé à arrêter le président, et imputant sa mort à des éléments de la sécurité présidentielle et de la police nationale.

Au-delà des responsabilités individuelles, c’est l’intégrité même de l’enquête qui vacille sous les coups de la défense. Les avocats ont insisté sur la brièveté de la perquisition (environ six heures seulement dans une résidence qualifiée de vaste) et sur l’absence d’experts en criminalistique. Ils ont également relevé que certaines zones de la propriété n’avaient pas été inspectées, tandis que de nouveaux éléments auraient été découverts lors d’une visite ultérieure en 2023. Ces révélations nourrissent l’hypothèse d’une enquête incomplète, voire précipitée, dans un contexte pourtant crucial pour la manifestation de la vérité.

Enfin, les témoignages ont mis en exergue d’autres zones d’ombre, notamment autour de la gestion du corps du président et du contexte politique explosif ayant suivi son assassinat. L’autopsie, réalisée tardivement, et l’absence d’informations sur la conservation de la dépouille renforcent le sentiment de désorganisation. De surcroît, l’aveu de l’agent Suarez de ne pas avoir exploré les pistes liées aux ennemis politiques du président interroge sur la portée réelle de l’enquête.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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