
Un expert-comptable judiciaire du FBI, Nestor Mascarell, a révélé devant un jury fédéral à Miami que l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, perpétré le 7 juillet 2021, avait coûté environ 343 000 dollars. Ce montant aurait été constitué d’un assemblage de prêts, de cartes de crédit, de virements bancaires et même de fonds d’aide fédéraux liés à la pandémie de COVID-19. Mascarell, 44e et dernier témoin de l’accusation, a retracé ces flux financiers à travers des centaines de comptes associés aux quatre accusés jugés en Floride du Sud.
Les quatre prévenus: Antonio Intriago, Arcángel Pretel Ortiz, James Solages et le courtier hypothécaire Walter Veintemilla sont accusés d’avoir conspiré pour enlever ou assassiner le président Moïse. Selon les procureurs, l’objectif ultime était de décrocher de lucratifs contrats de sécurité en Haïti sous un nouveau chef d’État. Le financement aurait notamment transité par la société Worldwide Capital Lending Group de Veintemilla, qui aurait servi de banque à ces accusés pour tuer ou kidnapper Moïse , selon les termes du procureur Jason Wu.
Les avocats de la défense ont multiplié les manœuvres pour fragiliser l’accusation, soutenant que le complot avait été détourné et que Moïse aurait été tué par ses propres forces de sécurité. Ils ont également contesté la compétence des tribunaux américains, arguant que les actes décisifs s’étaient déroulés en Haïti. La juge fédérale Jacqueline Becerra a néanmoins rejeté ces arguments, estimant que les témoins coopérants avaient clairement établi l’implication de chacun des accusés dans le complot.
La juge Becerra a également refusé d’autoriser plusieurs demandes de la défense, dont celle de présenter un expert en vaudou pour expliquer les mutilations infligées au corps du président. Elle a par ailleurs écarté l’argument selon lequel les accusés exécutaient un mandat d’arrêt valide, signé par un juge haïtien qui a lui-même reconnu avoir agi sous la contrainte. Des restrictions liées à une enquête parallèle conduite en Haïti ont en outre limité l’accès de la défense à certaines preuves potentiellement utiles.
Après huit semaines de procès, les plaidoiries finales pourraient débuter dès la semaine prochaine. Aucun des quatre accusés ne devrait prendre la parole à la barre. Une polémique de dernière heure a éclaté autour du témoignage de Jimmy Thompson, témoin clé pour la défense de Solages, que ses avocats accusent le gouvernement d’intimider. Les procureurs ont catégoriquement rejeté cette accusation, affirmant au contraire que Thompson est lui-même un co-conspirateur. Le jury de douze membres aura la lourde tâche de trancher l’une des affaires les plus complexes de l’histoire judiciaire récente des États-Unis.



