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ÉDITORIAL: Élections annoncées, candidatures introuvables, le PM Didier Fils-Aimé se trouve avec un pari dénué de VIKTWA

Le calendrier électoral continue d’être présenté comme une priorité par le Premier ministre Didier Fils-Aimé. Pourtant, à trois jours de la clôture des inscriptions en ligne, aucun prétendant à la présidence ne serait encore officiellement inscrit, selon les informations publiées par Radio Télé Métronome le 31 août 2026. Cette situation commence à soulever du questionnement. Comment le gouvernement peut-il continuer à parler d’élections comme si les conditions politiques, sécuritaires et institutionnelles étaient déjà réunies ?


Le problème ne se limite pas au faible nombre de candidatures. Le décret électoral semble lui-même constituer un obstacle majeur. Son article 153 comporte 26 alinéas qui imposent plusieurs conditions aux futurs candidats. L’alinéa 8 concerne notamment les personnes condamnées ou détenues, tandis que l’alinéa 10 impose une décharge à certains comptables de deniers publics. Ces exigences pourraient avoir des conséquences directes sur plusieurs personnalités qui envisagent une candidature.
Le cas de Jocelerme Privert illustre la portée de l’alinéa 8. Celui-ci pourrait écarter des candidats ayant fait l’objet de condamnations ou de détentions. Wilner Joseph pourrait, lui aussi, être confronté à l’exigence de décharge prévue pour les comptables de deniers publics.

Ces dispositions ne sont pas secondaires. Elles peuvent modifier profondément la configuration politique avant même l’ouverture réelle de la compétition électorale.
D’autres candidatures semblent également confrontées à des incompatibilités juridiques. L’alinéa 17 de l’article 153 exige la démission de certains agents du ministère public. Cette disposition pourrait notamment concerner Jean Ernst Muscadin. L’article 388, pour sa part, pose une question particulière pour les magistrats intérimaires, avec le cas de Wilson Jeudy, maire de Delmas. Le constat est donc clair : entre les exigences du décret et les situations personnelles des potentiels candidats, le chemin vers les élections reste semé d’obstacles.


Dans ce contexte, l’insistance du Premier ministre Didier Fils-Aimé à promouvoir les élections mérite d’être examinée avec beaucoup de rigueur. Le discours électoral peut donner l’impression que le pays avance vers une transition institutionnelle normale. Or, l’absence de candidats officiellement inscrits à quelques jours de la fermeture du processus révèle un décalage préoccupant entre l’annonce politique et la réalité du terrain. À force de présenter l’échéance électorale comme une certitude, le gouvernement risque de transformer une ambition politique en simple opération de communication.


Cette contradiction devient encore plus difficile à ignorer dans un pays confronté à une crise sécuritaire majeure. Alors que des zones entières du territoire restent confrontées à la violence des groupes armés et que trois départements sont présentés comme étant sous leur contrôle, parler d’élections sans exposer clairement les moyens permettant de sécuriser les électeurs, les candidats, les bureaux de vote et le matériel électoral soulève de sérieuses interrogations. Une élection ne se décrète pas depuis les bureaux de l’État. Elle exige un minimum de sécurité, de garanties institutionnelles et de confiance publique.


Le Premier ministre doit donc répondre à une question fondamentale : veut-il réellement organiser des élections crédibles ou simplement préserver l’apparence d’un calendrier électoral ? La différence est considérable. Une élection organisée dans un environnement où certains candidats seraient juridiquement empêchés, où aucun prétendant à la présidence ne serait encore inscrit à quelques jours de la clôture et où l’insécurité limite fortement la présence de l’État ne pourrait pas être évaluée uniquement à travers le respect d’une date.


Le pouvoir doit sortir de l’ambiguïté. Il doit expliquer publiquement les conditions réelles de l’organisation du scrutin, l’application du décret électoral, les obstacles auxquels font face les candidats et surtout les garanties prévues pour les citoyens vivant dans les territoires affectés par les groupes armés. Sinon, l’appel incessant aux élections risque de paraître déconnecté de la réalité nationale. Le peuple haïtien n’a pas besoin d’une simple promesse de calendrier. Il a besoin d’un processus crédible, transparent, juridiquement cohérent et suffisamment sécurisé pour que le vote puisse réellement exprimer sa volonté.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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