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L’illusion du renouveau et l’urgence d’un sursaut citoyen en Haïti

Alors que le Conseil Électoral Provisoire (CEP) tente, tant bien que mal, de maintenir le cap sur le calendrier électoral, la société haïtienne fait face à un vertige démocratique sans précédent. Après des années de paralysie institutionnelle, de crise sécuritaire aiguë et de vide constitutionnel, l’organisation des prochains scrutins s’annonce comme un carrefour historique. Dans ce tumulte, un mot d’ordre facile s’empare du débat public : “Fòk nou vote nouvo vizaj” (Il faut voter des visages neufs). Mais derrière cette promesse de rupture se cache l’un des pièges les plus cyniques de notre histoire politique récente.


Qu’on ne s’y trompe pas. Certes, ces prétendus “nouveaux venus ” n’ont jamais foulé le tapis rouge du Parlement à la rue du Magasin de l’État, ni siégé au Palais législatif. Ils n’ont été ni députés, ni sénateurs. Pourtant, leur nouveauté s’arrête aux portes du pouvoir législatif. Pour une large frange d’entre eux, il s’agit d’anciens directeurs généraux, de ministres éphémères ou de hauts cadres de l’administration publique, abondamment décriés pour leur gestion opaque. Ce sont les architectes silencieux du pillage de nos maigres ressources nationales, des prédateurs en costume cravate passés maîtres dans l’art de la corruption systémique.
Pour ces candidats, le Parlement ne représente pas un espace de service, mais une blanchisserie républicaine.

En briguant un siège à la Chambre haute ou à la Chambre basse, leur objectif est limpide : troquer l’opprobre public contre l’immunité parlementaire, et transformer le statut d’élu en un bouclier d’impunité pour échapper à la justice et aux rapports de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) ou de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC).

Le rôle des jeunes et des femmes :
Le rempart de la reconstruction

Face à cette entreprise de recyclage politique, la passivité équivaut à de la complicité.

C’est ici que réside la responsabilité historique de deux forces vives majeures de notre nation : la jeunesse et les femmes haïtiennes.

Les jeunes, qui représentent la majorité écrasante de notre population, ne peuvent plus se cantonner au rôle de simples agents électoraux, de diffuseurs de propagande sur les réseaux sociaux ou de chair à canon pour des politiciens véreux. Ils doivent imposer leur propre agenda en exigeant des débats contradictoires sérieux en participant à la Tribune des candidats l’une des espaces conçus pour être face aux candidats et en refusant de troquer leur avenir contre un projet éphémère ou de l’argent sale. La jeunesse doit être le filtre par lequel aucun corrompu ne peut passer, en transformant son indignation légitime en un vote de sanction massif et éclairé.

Les femmes haïtiennes, qui portent historiquement l’économie informelle et la survie des ménages à bout de bras à l’instar des courageuses ”Madan Sara”, doivent quant à elles briser les barrières de la sous-représentation politique. Au-delà du quota constitutionnel des 30 %, leur participation massive comme électrices et comme candidates intègres est indispensable.
En investissant l’espace politique, les femmes apportent une culture de la gestion axée sur les besoins réels de la communauté, le soin et la redevabilité. Elles constituent le rempart le plus solide contre le cynisme des pilleurs d’État, car elles savent mieux que quiconque ce que coûte la faillite des services publics.

Choisir des valeurs, non des façades
Si nous voulons éviter que les futures législatures ne ressemblent aux précédentes, le peuple haïtien doit substituer au mirage de la *nouveauté* des critères d’évaluation d’une rigueur absolue :

Le quitus moral et financier :
Aucun candidat ayant géré des fonds publics ne devrait solliciter nos suffrages sans présenter un rapport d’audit transparent ou un arrêt de décharge en bonne et due forme de la CSCCA.

La compétence et le projet de loi :
Le travail législatif demande une connaissance pointue de la machine d’État. Nous devons exiger des candidats des propositions concrètes pour la sécurité, l’éducation et la relance économique, et non de simples slogans creux.

L’éthique et l’engagement communautaire :
Le leadership se mesure à l’aune des services déjà rendus à la communauté, et non à l’épaisseur du portefeuille déployé durant la campagne.


Haïti ne peut plus se payer le luxe de la naïveté électorale. Remplacer de vieux routiers de la politique par des technocrates corrompus n’est pas un renouvellement, c’est une continuité dans la déchéance.

En fin de compte, l’enjeu de ces élections ne réside pas dans la fraîcheur des visages qui s’afficheront sur les murs de nos villes, mais dans la propreté des mains qui tiendront les rênes de notre destin national. Pour que le pays respire enfin, ne votons pas pour des visages, votons/choisissons pour l’intégrité.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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