EDITORIALJUSTICEPOLITIQUE

Actuellement détenue pour corruption, la directrice départementale du MTPTC/Nord-Est reste toujours en fonction

Jamais la faillite morale de l’État n’a semblé aussi évidente. Le 16 septembre 2025, la directrice départementale du TPTC/Nord-Est Therèse Mie Horderlyne Altenor F. a été arrêtée sur la demande de l’ULCC pour corruption et usage de faux documents d’identité, en même temps que trois autres personnalités à savoir l’ancien maire de Ouanaminthe Luma Demetrius, le directeur du marché communal Celicourt Kenox et le directeur du marché frontalier Jose Laguerre. Ces derniers sont accusés d’avoir orchestré, durant neuf années de gestion municipale, un vaste système de corruption et de détournements de fonds et de biens publics.

Pourtant, plusieurs semaines après cette arrestation, aucune décision n’a été prise par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ni par le ministère concerné pour remplacer la directrice incarcérée. Ce silence suspect en dit long. Il reflète non seulement une indécence administrative, mais aussi une complaisance qui confirme la gravité de la gangrène.

Les documents transmis aux enquêteurs révèlent une machine frauduleuse bien huilée. Des proches de la directrice et d’autres responsables percevaient des chèques sans jamais avoir travaillé, certains au nom de membres de leur famille encore sur les bancs de l’école. Des millions de gourdes ont ainsi disparu, dont une partie affectée à la réhabilitation de la place publique de Ouanaminthe.

Pire encore, près de 27 millions de gourdes ont été dépensées sans pièces justificatives valables, tandis que Mme Teressa a  reconnu verbalement  avoir versé trois (3) millions de gourdes en pot-de-vin pour faciliter sa prise de fonction. L’absence du document fondamental (FIOP) indispensable à tout décaissement légal confirme la violation flagrante de la loi et la mise en place délibérée d’un système opaque et incontrôlable.

Face à ces révélations, l’attitude du CPT et du gouvernement de transition choque l’opinion publique par son inertie. Comment justifier que l’on garde le silence quand une haute responsable d’État est emprisonnée pour corruption ? Comment admettre que le poste stratégique de directrice départementale du TPTC reste vacant, alors que le pays croule sous de graves urgences en matière d’infrastructures et de gouvernance locale ? Ce silence administratif équivaut à un aveu où la lutte contre la corruption n’est qu’un slogan vide, démenti par les autorités elles-mêmes ou plutôt par l’absence de leurs actes.

Il est désormais clair que les comportements ont infiltré toutes les couches de l’État. Ça fait très longtemps que la fonction publique n’est plus un espace de compétence, mais un marché de faveurs où les alliances occultes et les complicités mafieuses dictent les nominations. Et quand la justice, exceptionnellement, parvient à agir, c’est l’appareil politique lui-même qui se met en travers du processus. Ce statu quo préfère paralyser les institutions plutôt que de permettre un renouvellement assaini.

Les discours de bonne gouvernance et de rupture, récités à répétition par les autorités de transition, apparaissent comme des acrobaties psychologiques destinées à berner l’opinion publique. Pendant ce temps, la corruption s’installe comme une norme de gestion, et l’impunité, devenue règle tacite, continue de détruire les rares efforts de redressement. L’absence d’une décision claire du CPT sur ce dossier constitue une insulte à la justice, une gifle aux institutions de contrôle, et un mépris ouvert pour les citoyens.

Maintenant, il revient à la société civile, aux médias indépendants et aux citoyens engagés de refuser ce statu quo meurtrière. Laisser passer un tel scandale sans réaction, c’est accepter que la corruption soit l’unique mode de gouvernance. Il est urgent que le CPT prenne ses responsabilités, remplace officiellement la directrice incarcérée et profite de ce momentun pour engage un processus de nettoyage profond dans cette institution.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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