
Louseline Louissaint, née le 18 mai 1992 à Ouanaminthe, dans le Nord-Est d’Haïti, incarne l’histoire d’une femme courageuse qui a su transformer les épreuves de la vie en une source de motivation. Présente assez souvent aux côtés de son mari lors de certaines activités culturelles et officielles, elle se distingue également par sa présence sur les réseaux sociaux, où elle commente souvent l’actualité de sa communauté. Son parcours est un véritable récit inspirant, capable d’éclairer le chemin de nombreux jeunes en quête de repères.
Cinquième d’une fratrie de sept enfants, fille d’Archange Louissaint et de Mercilia Belliard, affectueusement surnommée «Chine» (de regrettée mémoire), Louseline a grandi dans une famille modeste mais soudée. Elle est aujourd’hui mère de deux petites filles de huit et deux ans, qu’elle élève avec amour, respect et discipline, des valeurs qui guident l’ensemble de sa vie.
Son parcours scolaire témoigne d’une persévérance constante. Après l’école préscolaire chez Rosemarie, elle a poursuivi ses études fondamentales au Collège Oswald Durand, puis au Lycée Capois La Mort et au Lycée Dutty Boukman du Cap-Haïtien. Elle a achevé ses études secondaires (NS-4) au Collège Oswald Durand en 2014. Bien qu’elle ait entamé des études universitaires en génie civil à l’UNASMOH (2014-2016), des contraintes indépendantes de sa volonté l’ont empêchée de terminer ce cycle.
Avant de devenir couturière à part entière, Louseline a exploré d’autres horizons. Elle a d’abord été formée en cuisine à l’Institut Professionnel Frontalier (IPF), mais c’est la couture, transmise par sa mère, qui a finalement pris le dessus. Dès 2012, confrontée à la maladie de sa mère, elle a dû travailler pour subvenir à ses besoins. Ce choix n’était pas seulement une nécessité, mais le début d’une véritable vocation.
Depuis 2021, elle considère la couture comme sa profession principale. Elle confectionne des vêtements pour toutes les occasions, sans pour autant abandonner la cuisine, qu’elle a pratiquée pendant près de neuf ans dans une cantine mobile (2012-2021). Sa capacité à jongler entre plusieurs activités démontre son sens du devoir, son dynamisme et son goût de l’effort.
Le premier revenu qu’elle a tiré de son métier reste gravé dans sa mémoire : 150 gourdes pour un uniforme cousu. Une somme modeste, mais qui représentait pour elle une immense fierté, car c’était la preuve concrète que son savoir-faire avait une valeur et que son avenir dans la couture était prometteur.
Au fil des ans, Louseline a accumulé des expériences variées, entre grandes satisfactions et quelques déceptions. Si 95 % de ses clients se disent pleinement satisfaits de son travail, elle a aussi connu des moments difficiles, comme l’intrusion d’un client dans sa vie privée. Malgré ces obstacles, la couture lui a offert une autonomie financière, une dignité sociale et la possibilité de subvenir aux besoins de sa famille.
Aujourd’hui, elle se définit avant tout comme une couturière professionnelle et passionnée. « Si je devais refaire un choix, je choisirais encore la couture », affirme-t-elle avec conviction. Pour elle, ce métier n’est pas qu’une activité économique, c’est un art, une partie intégrante de son identité.
Son regard sur l’évolution de la communauté met en lumière un changement générationnel. Elle observe que de plus en plus de jeunes femmes s’orientent vers l’apprentissage d’un métier et l’entrepreneuriat, contrairement à son époque où cela était rare. Elle se réjouit de cette dynamique, même si elle regrette parfois le manque d’encadrement dont souffrent ces initiatives.
Animée d’une vision communautaire, Louseline rêve d’ouvrir un atelier de couture professionnel accessible aux jeunes de sa région. Son objectif est de leur transmettre la beauté et la valeur de ce métier. À la jeunesse, elle adresse un message clair : « Réfléchissez avant chaque décision, ne choisissez pas toujours le chemin le plus facile. Fixez-vous des objectifs clairs, même si cela prend du temps, car avec persévérance, vous finirez toujours par les atteindre. »



