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Franckly Noël, chronique d’un jeune qui apprend, trébuche et construit un homme utile à la communauté

Affranchi des barrières sociales et des complexes liés au sous-développement, commencer avec un simple réchaud à barbecue pour nourrir l’ambition de se faire un nom dans la restauration à emporter relève d’un véritable coup de maître, révélateur d’une volonté ferme et d’un courage assumé. Issu d’une jeunesse quelque peu mouvementée, ce jeune homme a su créer un espace emblématique, La Jeunesse Bar, où se croisent plusieurs générations : amateurs de bonnes boissons, gourmets au palais exigeant séduits par des plats savoureux, et passionnés de musique de qualité, réunis dans un même élan de convivialité.

Né le 25 novembre 1994 à Saint-Domingue, dans la zone de Jarabacoa, Franckly Noël appartient à cette génération caribéenne dont la vie commence par le mouvement. À l’âge de six mois, porté par sa mère, Navilia Joseph, il traverse la frontière pour s’installer en Haïti, précisément à Ouanaminthe. Fils de Frandieu Noël, il grandit au sein d’une famille élargie, riche de liens et de responsabilités, premier enfant du côté maternel parmi trois, deuxième du côté paternel parmi six. Dès l’enfance, sa trajectoire se dessine entre héritage familial et apprentissage précoce de la vie.


Très tôt, Franckly se distingue par une énergie sociale débordante. En période de vacances, il organise des petits championnats de quartier, rassemble les jeunes et crée du lien. Ses souvenirs d’enfance sont empreints de scènes simples et fondatrices telles que: les mangues cueillies dans la plantation de son grand-père à Dilaire, partagées avec les amis du quartier, puis les baignades dans la rivière Djassa. Ces moments forgent un rapport instinctif à la communauté, à la nature et au vivre-ensemble.


Son parcours scolaire débute au Collège l’Enfant Jésus à Ouanaminthe, où il effectue le préscolaire jusqu’à la 5e année. Il poursuit en 6e année au Collège La Dignité, avant d’intégrer l’Institution Jean Paul II pour la 7e et la 8e année fondamentale. Une altercation avec un responsable interrompt brutalement cette étape, un épisode qu’il qualifiera plus tard, avec lucidité, de « folie de jeunesse », devenue leçon de maturité avec le temps.


La suite de son cursus est marquée par des ajustements et une quête d’exigence. Après un bref passage au Collège Ereka, puis au Collège Georges Muller, il choisit une école du soir, le Collège Royal, afin de se préparer aux examens officiels. Cette décision a porté ses fruits, il a  réussi l’examen de 9e année fondamentale avec un total de 1 032 points. Il poursuit ensuite l’intégralité de ses études secondaires au Collège Oswald Durand de Ouanaminthe, de la NS1 à la NS4.


Après une année de pause, Franckly se rend à Santiago avec l’ambition d’entrer à l’université. Mais la pandémie de Covid-19 bouleverse ses plans et l’oblige à interrompre ce projet. Aujourd’hui, il est à l’Université Jean Price Mars de Ouanaminthe, où il est actuellement en deuxième année de sciences juridiques. Malgré les ruptures, son rapport à l’éducation demeure constant, une curiosité vive et un respect profond pour le savoir, hérités de l’enfance.


Confiné durant la pandémie, il refuse l’inaction. À Santiago, dans les marchés de vêtements à bas prix, il saisit une opportunité et lance un petit commerce de vêtements en ligne : habits pour femmes et hommes, chaussures, sacs. L’initiative lui permet de comprendre les bases du commerce, mais aussi ses limites. Après un temps, il réalise que cette activité ne répond plus pleinement à ses besoins et à ses aspirations.


C’est alors qu’une idée nouvelle émerge, née d’une discussion simple avec sa compagne : «le barbecue». Ensemble, ils décident de rentrer en Haïti et de lancer cette activité. Des difficultés les obligent à marquer une pause, sa compagne retournant poursuivre ses études à Santiago. Déterminé, Franckly revient seul à Ouanaminthe pour relancer le projet. Aujourd’hui, l’entreprise est bien vivante et sert la population locale sous le nom de « Lajeunesse Bar », symbole d’audace et de persévérance.


Autrefois passionné de football, amateur de bons plats de poissons au bord de la mer et de convivialité autour d’un petit d’une bonne bouteille, Franckly a vu sa vision évoluer avec l’expérience. Le temps et les responsabilités ont révélé sa véritable passion qui n’est autre que le business. Étudiant en droit et entrepreneur, il assume désormais une double identité, où la rigueur académique nourrit la pratique entrepreneuriale, et où l’action quotidienne donne un sens concret à la théorie.


Son engagement dans l’entrepreneuriat trouve sa source dans la responsabilité familiale et le désir de stabilité. Mais il va plus loin en créant un espace utile à la communauté, offrir des services, générer des opportunités d’emploi pour les jeunes, contribuer positivement à l’économie locale. Le choix d’étudier le droit répond à la même logique, celle de comprendre les lois, les droits et les devoirs, mieux gérer son entreprise et agir dans le respect du cadre légal. Pour lui, droit et entrepreneuriat avancent ensemble, l’un comme fondation, l’autre comme terrain d’expérience.


Appris que l’échec n’est pas une fin, mais une étape vers l’amélioration, dans un contexte national difficile, il adresse un message de motivation plein de gravité et d’espoir à la jeunesse haïtienne : « ne pas se décourager. Il appelle les jeunes à croire en eux-mêmes, à choisir le travail honnête, la formation et l’entrepreneuriat comme leviers de transformation. Le changement ne se fait pas en un jour, mais par des actions sérieuses et constantes».

Selon Franckly, l’avenir d’Haïti ne se construit pas dans l’abandon, mais dans l’engagement quotidien, car ce que la jeunesse fait aujourd’hui dessine le pays de demain.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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