
Aujourd’hui, le pays a besoin, plus que jamais, d’une justice qui ne se limite pas à l’effet de spectacle mais qui inspire la confiance. Cette affaire constitue un test pour l’ULCC, pour le Parquet, mais surtout pour jauger la capacité de l’État haïtien à combattre la corruption sans bafouer les principes démocratiques. Lorsqu’une institution veut emprunte des raccourcis pour contourner la loi, elle perd sa crédibilité et laisse place au doute et à l’interprétation.
En effet, tous les regards se tournent vers le Parquet de Fort-Liberté ce mercredi 17 septembre 2025 où le commissaire du gouvernement, Charles Édouard Durant, joue un rôle central dans cette affaire qui concerne l’arrestation de ces quatre (4) personnes: Luma Demetrius (ancien maire), Jose Laguerre (directeur du marché frontalier), Celicourt Kenox (directeur du marché communal) et Altenor Orderlyne Teressa (directrice du TPTC/Nord-Est) par l’ULCC, dans le cadre d’une enquête sur des pratiques de corruption présumées durant les neuf (9) années de gestion de l’ancien maire Luma Démétrius et des gabegies administratives commises par madame Teressa Altenor, le département est plongée dans un débat très houleux.
La question que tout le monde se pose est la suivante : la justice s’engage-t-elle dans une nouvelle étape ou bien revivons-nous le même scénario de violations de la loi qui enterrent, une fois de plus, la confiance des citoyens ?
La réaction de la population donne l’apparence d’un miroir reflétant les divisions de la société. Beaucoup expriment leur satisfaction, estimant que cette opération pourrait servir de modèle et inciter d’autres responsables à prendre conscience de la manière dont ils gèrent les biens de l’État. Dans un pays où l’abus de pouvoir et l’impunité sont devenus la norme, même une arrestation symbolique peut raviver l’espoir que l’État est capable de demander des comptes à ceux qui trahissent la confiance du peuple.
Mais, de l’autre côté, des voix s’élèvent avec force pour dénoncer les méthodes employées lors de ces arrestations. Le cabinet d’avocats qui défend l’ancien maire, la directrice du MTPTC du Nord-Est, les directeurs des marchés Jose Laguerre et Célécourt Kenox, évoque de graves violations des droits humains. Selon eux, il n’y a eu ni mandat, ni flagrant délit, et l’ULCC n’a pas transmis les dossiers au Parquet. Ils parlent donc d’un véritable « kidnapping judiciaire ». «La lutte contre la corruption ne peut pas se mener en dehors du cadre légal», rappelle Me Rodeney Rivière.
Ainsi, cette affaire met la société ouanaminthaise devant une contradiction majeure. Nous sommes tous d’accord sur la nécessité de démanteler ce système de corruption qui saigne les ressources publiques, mais sommes-nous prêts à le faire dans le respect des règles ? Lorsque les institutions violent leurs propres lois, elles causent plus de tort que de bien, car elles offrent aux responsables indexés l’occasion de se présenter comme des victimes plutôt que comme des accusés.
C’est pourquoi la décision du commissaire Durand de maintenir les quatre personnes en garde à vue, tout en se donnant le temps d’étudier le dossier, apparaît comme une mesure d’équilibre. Elle peut être perçue comme une stratégie pour éviter de prendre une décision hâtive qui pourrait avoir de lourdes conséquences, mais elle ouvre également la porte aux accusations de complicité politique. Dans un contexte aussi fragile, chaque geste, chaque retard, chaque parole pèse lourd.
Nous pensons que ce dossier ne doit pas devenir un instrument de règlement de comptes entre pouvoirs ni une tribune politique. C’est la vie des citoyens, la confiance du peuple dans l’État et le respect des droits humains qui sont en jeu. Les autorités doivent se souvenir que la lutte contre la corruption est avant tout un combat pour la justice, et qu’il n’y a pas de justice sans respect de la loi.
En résumé, tous les regards restent fixés sur le commissaire Charles Edouard Durant. Ses décisions, dans les jours à venir, détermineront si cette affaire servira d’exemple pour transformer le système ou si elle ne sera qu’un échec de plus dans la longue liste des dérives de nos institutions.



