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De Cité Fefè à Tropicana, Relex Georges transforme sa passion d’enfance en une symphonie de fierté pour Ouanaminthe

Dans les ruelles de Cité Fefe, derrière le marché de Ouanaminthe, un 22 mars 1989, naquit un garçon dont sa vie allait résonner comme une chanson qui élève les coeurs et les esprits. Ce garçon s’appelait Relex Georges. Bien avant que son nom ne résonne dans les micros de Tropicana d’Haïti, il faisait déjà danser ses rêves au cœur d’une communauté qui, sans le savoir, voyait naître l’un de ses plus fiers symboles. Fils de Résimus Georges et Anise Joseph. Troisième enfant d’une fratrie de quatre, il grandit dans ce décor populaire, bercé par les bruits de la vie quotidienne, le rire des enfants et les rêves d’une communauté.


Dès son enfance, Relex n’était pas de ceux qu’on remarque par le bruit, mais par la mélodie. Tandis que ses camarades s’adonnaient au football, lui, préférait le rythme improvisé des percussions d’un seau vide, une marmite sur un tas de sable, et le tout est joué.


Arrivée a l’école, il découvrit aussi l’art de la scène. Il imitait le comédien « Tonton Bicha », en interprétant ses faits et gestes pour faire rire ses camarades et mêmes certains professeurs. Mais bientôt, le rire céda la place à la musique. Sous l’influence de ses amis parmi lesquels: Jackenson Accilien, Dalusma Éric, Fleurant Luckin et Dutrvil Lentz, il découvrit l’artiste «Belo», ce chanteur haïtien dont les mélodies sociales dont les mots justes allaient éveiller en lui un sens nouveau de la création.


C’est avec la chanson « Istwa dwòl» de Bélo qu’il fit son entrée triomphale dans le monde de la musique. Participant à son premier concours, dont il a été sacré champion, il a recu comme prime :500 gourdes et un CD (compact disk) à son effigie constituant un  souvenir impérissable pour un jeune talent qui venait de comprendre que la musique pouvait aussi être un passeport vers l’estime et la dignité.


Après ses études primaires au Collège Toussaint Louverture et secondaires au Collège Oswald Durand, Relex entreprend des études de droit à l’UEH de Fort-Liberté. Parallèlement, il se forma à la mécanique de motos, sous la tutelle d’un Dominicain nommé « Boun », venu s’installer en Haïti. Cet apprentissage pratique allait façonner son sens de la discipline et du détail, les mêmes vertus qu’exige la musique.


Le jeune saxophoniste fit ses premières impressions au sein de l’orchestre «A.M.O.R», où il apprit la rigueur des ensembles et la magie des concerts populaires. Un soir, lors d’un événement au restaurant « Plezir Gourmand », il fut remarqué par l’ex-ministre Nesmy Manigat. Ce dernier, séduit par son jeu expressif, l’invita à former un groupe régulier pour animer le lieu. C’est ainsi que naquit « Plezi Bèl », formation locale devenue symbole d’élégance musicale à Ouanaminthe.


Sa première rémunération de 2 500 gourdes lui laissa la certitude que la musique pouvait nourrir l’âme et le corps. Il fonda ensuite un second groupe « Mélodie dorée », actif dans le milieu évangélique, et donna son premier grand concert à l’auditorium de l’Institution Univers de Ouanaminthe, récoltant 7 000 gourdes. Loin d’être une coquette somme, mais le regard ému du public valait pour lui toutes les fortunes du monde.


Un jour, le destin frappa à sa porte. Le jeune homme reçut un appel alors qu’il se trouvait dans la cour de l’Université de Limonade. «Je me souviens encore du jour où j’ai reçu l’appel de Tropicana. J’étais dans la cour du Campus de l’Université Roi Henry Christophe de Limonade, car j’avais déjà réussi le concours d’entrée aux Beaux-Arts. C’était mon premier jour de cours. Mon téléphone a sonné, c’était le policier Kethlin Napoléon (Commandant Keke), qui m’a dit qu’un membre du groupe Tropicana d’Haïti allait m’appeler. Peu après, Maestro Tiblan m’a effectivement contacté. Après notre conversation, il  m’a demandé si j’étais intéressé de venir au Cap-Haïtien pour récupérer les partitions (sept morceaux) », confia-t-il.


Ces partitions devraient être maîtrisées puisque l’orchestre prévoyait de performer au bal traditionnel du 6 janvier 2018 à Ouanaminthe. « Ils m’ont proposé d’y participer. C’est ainsi que j’ai fait mes débuts avec eux, et depuis ce jour, nous continuons ensemble cette belle aventure musicale », a-t-il laché.

«Ce fut le destin. La vie avait choisi pour moi cette voie au service de ma communauté, même si ce n’était pas le rêve que mes parents avaient pour leur fils. Dans mon enfance, j’avais toujours admiré Maestro Tiblan, sans jamais avoir eu la chance de le voir jouer sur scène, car mes parents, chrétiens, ne me laissaient pas aller aux bals. Et voilà qu’aujourd’hui, le destin m’a placé à l’endroit même où il jouait autrefois, au sein de l’orchestre Tropicana. Nous partageons désormais la même scène. C’était mon rêve depuis toujours d’apprendre à jouer du saxophone pour un jour faire partie de Tropicana d’Haïti », a-t-il raconté.


Pour Relex Georges, intégrer Tropicana, ce n’était pas une coïncidence, mais l’accomplissement d’un destin déjà inscrit dans les notes de son enfance. C’est chez le professeur de chimie connu sous le nom de « Gwodape » (de regretté mémoire) qu’il avait touché pour la première fois un saxophone suspendu dans une pièce, symbole d’un appel du ciel. Il avait promis d’apprendre, et il a tenu parole.

Mais tout rêve a son prix. Un jour, sur la route de son apprentissage du saxophone, un accident de moto lui brûla la jambe. L’épreuve fut douloureuse, mais jamais suffisante pour éteindre la flamme. Pendant des semaines, entre pansements et souffrances, il continua d’apprendre, refusant de laisser la douleur étouffer la passion.


Aujourd’hui, il n’est pas seulement un musicien mais un modèle. Dans les rues de Ouanaminthe, de jeunes garçons apprennent à souffler dans le cuivre en rêvant d’un jour de jouer comme lui. Il les inspire, les conseille, les encourage à croire que la musique est une arme douce contre la résignation. Chaque fois qu’un jeune lui dit : « Ou te ankouraje m aprann jwe saksofòn », il sourit avec fierté.


Relex Georges est la preuve que la grandeur peut naître des ruelles les plus modestes. De Cité Fefe à Tropicana, son parcours raconte l’histoire d’un enfant qui a su transformer la poussière en lumière, la passion en profession, et la musique en mission. Sa vie, c’est une partition où chaque note célèbre l’amour, la persévérance et la dignité d’une ville frontalière qui continue, à travers lui, de faire résonner son nom jusqu’aux confins du pays.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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