
Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) n’est plus contesté, il est rejeté. Rejeté par l’opposition politique, rejeté par une population à bout de souffle, rejeté par les faits eux-mêmes. Ce pouvoir intérimaire, présenté comme une solution de sortie de crise, s’est révélé être une impasse tragique. Il n’a ni vision, ni bilan, ni légitimité populaire. Il incarne désormais l’échec à l’état brut.
Jamais l’insécurité n’a atteint un tel niveau d’horreur sous un régime se réclamant de la transition. Les morts s’accumulent dans l’indifférence générale, les quartiers se vident, les déplacés se comptent par dizaines de milliers, tandis que les enlèvements se banalisent. L’État, sous la gouvernance du CPT, a déserté. Il ne protège plus, il n’administre plus, il observe. Cette abdication volontaire a livré le peuple haïtien aux gangs armés, devenus les véritables maîtres du territoire.
Politiquement, jusqu’à date, le CPT gouverne contre la nation. Ses décisions, quand elles existent, vont systématiquement à l’encontre de la volonté populaire. Les promesses se sont transformées en mensonges, les engagements en manœuvres dilatoires, et la transition elle-même tourne en mascarade. Cette gouvernance est antihumaniste, car elle normalise l’inhumain. Elle déshumanise l’être haïtien, désormais traqué, déplacé, kidnappé, contraint de fuir son propre pays comme un animal en survie.
L’économie est en ruine, les structures sociales sont pulvérisées, les institutions sont vidées de leur sens. Dans ce paysage de désolation, un constat s’impose : «seuls les gangs et les bénéficiaires du pouvoir existent». Le reste de la population est relégué à l’invisibilité. Le « je-m’en-foutisme » est devenu doctrine de gouvernance, érigeant le cynisme en méthode et l’indifférence en stratégie politique.
Le plus révoltant demeure le silence. Meurtres, massacres, enlèvements, rien ne semble émouvoir ce pouvoir parachuté par la CARICOM. Aucun membre du CPT ne se démarque, aucun ne démissionne, aucun ne refuse d’être complice par inertie. Installés dans un confort obscène, ils assistent à l’hécatombe sans état d’âme. À force d’inaction, le CPT n’est plus seulement incompétent, il est moralement et politiquement disqualifié. Dans ces conditions, le changement n’est plus une option politique, il devient une urgence nationale.



