
Perché derrière ses lentilles (lunettes) soigneusement ajustées, et élégamment vêtu suivant le protocole exigé pour l’occasion, on dirait un diplomate raffiné ou peut-être un avocat à 1000 dollars de l’heure aux États-Unis. Pourtant, il n’est ni l’un ni l’autre. Son nom est Sanchez Pierre, né à Ouanaminthe (localité Manquette) le 13 novembre 1992. Issu d’une grande fratrie de six (6) frères et sœurs, dont un frère adoptif, il occupe la place singulière du second fils.
Entre la maison parentale à Manquette et celle de sa grand-mère à la rue Vallières, il a grandi dans un univers rythmé par les arbres, les fleurs, les oiseaux et les rivières. Donc, une enfance bercée par la biodiversité. Loin des apparences et des perceptions vaines, sa trajectoire raconte l’histoire d’un jeune homme qui a choisi de se mettre à l’écoute de la nature, du savoir et de l’avenir de sa communauté.
Enfant réservé, il se nourrissait de deux passions : le football et la musique. Dans les ruelles de Manquette, il tapait dans le ballon ; dans son cœur, il cultivait un amour profond pour la mélodie et pour la découverte. « J’ai toujours eu soif de connaissances, dans tous les sens du terme », confia-t-il. Déjà, l’éducation et les loisirs se mêlaient dans son esprit comme les deux faces d’une même pièce.
Chaque étape de son parcours scolaire porte l’empreinte de son père. « C’était toujours mon père qui m’accompagnait le premier jour dans chaque établissement », a-t-il révélé. Du Kindergarten à l’école « La Patience » (Kay Jeannette) au Collège Le Phare (1ère AF à 3ème AF), puis au Nouveau Collège Moderne (4ème AF à 6ème AF) pour boucler ses études primaires et au Collège Univers pour ses études secondaires, cette main paternelle lui a servi de boussole. Dans ce geste simple, Sanchez a appris que l’éducation est d’abord une affaire de transmission et de confiance.
Reçu à l’Université d’État d’Haïti, Campus de Limonade en 2012, il choisit d’étudier la Géographie, l’Environnement et l’Aménagement du Territoire. En parallèle, il entame des études en Tourisme et Hôtellerie à l’UPNCH, mais doit interrompre ce chemin à cause de contraintes économiques. Loin de freiner sa soif d’apprendre, il poursuit des formations en ligne : avec l’Université Senghor (Environnement), à l’Université Laval (Management Responsable) et au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris (Gestion des Jardins Botaniques). Chaque apprentissage ajoute une pierre à son identité d’éco-citoyen engagé.
Par ailleurs, dans sa jeunesse, il nourrissait le rêve de devenir médecin, voire astronaute. Aujourd’hui encore, s’il devait envisager une autre orientation, il confia qu’il se tournerait vers la sociologie, l’anthropologie ou peut-être la philosophie. Mais il admet avec réalisme qu’il n’envisage pas d’abandonner sa voie actuelle pour embrasser une nouvelle carrière.
Tout comme sa soif insatiable d’apprendre, son parcours professionnel reflète aussi son engagement citoyen. Entre 2018 et 2019, il collabore avec Manifest Consulting. En 2020, il devient président local de la Jeune Chambre Internationale (JCI) de Ouanaminthe, puis s’implique dans des projets de développement communautaire. Mais sa réalisation la plus marquante reste le Jardin Botanique de Ouanaminthe (JBO), qu’il cofonde et coordonne. Lieu d’étude, d’éducation et de rencontre avec la nature, le JBO est aussi pour lui un miroir de vie. « La biodiversité m’enseigne l’humilité là où d’autres voient de l’arrogance », glisse-t-il.
Au-delà du professionnel, il assume avec fierté son rôle de père. « Mon occupation principale, c’est d’être papa », une affirmation brève mais révélatrice de son sens aigu des responsabilités. Entre amour familial et engagement collectif, il s’exerce à trouver l’équilibre dans le don de soi. Être père, pour lui, ne se limite pas à guider ses enfants ; c’est aussi une vocation qui consiste à planter des graines d’espérance pour toute une génération.
Toutes ses expériences n’ont pas été heureuses. L’épisode du CODEVI entre 2020 et 2021 reste un souvenir amer. « Chaque matin, je me demandais : à quoi ce travail va-t-il servir ? Quelle valeur ajoutée pour ma communauté ? » Incapable de trouver des réponses, il choisit de démissionner. Cette épreuve insatisfaisante lui a suffi pour comprendre qu’il ne fallait jamais sacrifier ses valeurs au nom d’une simple survie.
À l’inverse, certaines expériences récentes lui ont apporté une joie profonde. Parmi elles, sa sélection en février 2025 dans le Programme d’Idéathon Communautaire (PIC5), aux côtés de 30 jeunes leaders nationaux. « Cela a été pour moi le signe que mon travail commençait à porter des fruits visibles», raconte-t-il. Cette reconnaissance nourrit sa détermination à poursuivre son chemin de semeur d’actions positives.
Avec sagesse, il se garde de toute prétention. « Je ne suis ni le premier à œuvrer dans l’environnement, ni le plus connu, ni le plus compétent. Mais je fais partie de ceux qui croient en l’action, à leur échelle », confia-t-il avec humilité. Pour lui, la véritable force réside dans la constance. Chaque geste, aussi minime soit-il, représente une semence de futur.
Son engagement politique reste prudent. Membre du comité directoire du parti « En Avant », il porte la voix de la jeunesse sans revendiquer une carrière électorale immédiate. « Ce n’est pas moi qui choisis toujours ma trajectoire, parfois c’est elle qui me choisit », a-t-il souligné. Pour lui, la politique doit être une extension naturelle de la passion et du service, non une quête de prestige et de richesse.
Enfin, son message à la jeunesse haïtienne résonne comme un testament de foi : « vous avez le droit de douter, le droit de partir, le droit d’être découragés. Mais continuez à apprendre, où que vous soyez. Continuez à aimer Haïti, car ce n’est pas la terre le problème. Unissez-vous, attendez le bon moment et agissez ». Cependant, Lui, il a choisi de rester. Pour être père, pour être citoyen, pour être porteur de lumière dans un monde qui en manque cruellement.
En somme, Pierre Sanchez incarne l’union rare de la tendresse et de la détermination. Père aimant, écocitoyen visionnaire, il n’a pas seulement trouvé sa place dans le monde : il rêve d’en créer une pour les autres. Son parcours témoigne d’une vérité simple dans notre pays : « parfois, ce n’est pas nous qui choisissons notre vocation, c’est elle qui nous choisit ».



