
Le destin de Magnekell Regulus semblait scellé dès son premier souffle. Né à Ouanaminthe le 12 novembre 1991, il fut orphelin de mère dès la naissance. Sa mère Paulna Mervil ayant perdu la vie en lui donnant la sienne. Son père, Édoua Regulus, resté à Port-au-Prince, le laissa grandir auprès de ses grands-parents à Monbin Crochu, dans la localité de Logat, mais joua son rôle de père dans la mesure du possible. Magnekell grandit entre champs, prières et privations. Dans ce coin rural du Nord-Est, il connut les douceurs d’un amour discret, mais aussi la rudesse d’une vie marquée par le manque. Là s’enracinait déjà une sorte de resilience qui allait devenir le socle de son identité.
L’adolescence fut encore plus cruelle. Placé tour à tour chez des tantes, parfois accueilli, parfois rejeté, il vécut l’humiliation de l’enfant pauvre : vendre des feuilles de lecture pour survivre, pêcher de petits poissons pour subsister, se laver en cachette avec un savon emprunté de ses cousins. Ces scènes de dénuement dessinent le portrait d’un jeune homme que tout semblait vouer à l’échec.
Pourtant, une flamme ne s’est jamais éteinte en lui : celle de l’école. Dès l’obtention de son certificat d’études primaires, Magnekell Regulus comprit que l’éducation serait sa véritable voie d’émancipation. Il quitta alors sa ville natale pour Cap-Haïtien, où il poursuivit son parcours secondaire, de la 7e AF à la Seconde, partageant ses années d’étude entre trois établissements : le Semi-Lycée Anacaona, le Lycée Boukman et le Lycée Philippe Guerrier. Plus tard, il s’installa à Port-au-Prince et intégra le Lycée Anténor Firmin, où il acheva brillamment ses études classiques. Chaque cours suivi, chaque examen réussi représentait pour lui une victoire silencieuse sur la fatalité.
Ses trajets hebdomadaires entre Ouanaminthe et Cap-Haïtien illustrent cette détermination. Faute d’argent, il aidait les chauffeurs à charger des camions en espérant une place gratuite, ou parcourait à pied de longues distances pour se rendre à son établissement. Dans ces marches difficiles s’est forgée une résilience qui allait nourrir sa destinée.
Ses études supérieures furent un véritable marathon. À l’École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves, à l’INAGHEI, à l’ENAF, à l’IERAH, il accumula formations et diplômes : Droit Public, Finances Publiques, Administration, Sciences Politiques. Polyvalent par nécessité, il devint un juriste et un administrateur aux compétences multiples, toujours en quête de savoir.
Sa vie professionnelle commença modestement. Enseignant pour de maigres honoraires, aide dans une cuisine de rue, il découvrit que chaque expérience, même la plus humble, pouvait servir d’apprentissage. Ces étapes l’ont doté d’une sensibilité rare à savoir comprendre les réalités du peuple avant de gravir les marches des institutions.
«Mon premier travail n’avait rien de formel, mais il a marqué une étape essentielle dans mon parcours. C’est auprès de Franklin Tesset, l’époux de ma cousine, qui préparait des plats à vendre dans la rue 3 (Cap-Haïtien), que j’ai commencé à m’impliquer chaque samedi. Je l’aidais d’abord à la rue 9, puis dans toutes ses activités, remplaçant parfois Sonet, un adventiste qui l’assistait habituellement. Je ne recevais pas véritablement de salaire, mais la possibilité de bien manger ce jour-là, considérant que la nourriture représentait un luxe pour moi, ainsi qu’une modeste somme de 50 gourdes pour passer mon dimanche, avaient pour moi une valeur inestimable» confia-t-il.
Dans le même temps, il a eu l’occasion d’enseigner dans quelques écoles de Port-au-Prince, en donnant des cours rémunérés entre 75 et 100 gourdes de l’heure. Ce n’était pas une fortune, mais cette expérience le permettait de valoriser ses compétences et de renforcer sa confiance en soi. Peu à peu, ces engagements modestes ont ouvert la voie à d’autres responsabilités. il est ainsi devenu, dans un premier temps, responsable de communication au bureau politique de Jean Renel Sénatus, avant même sa campagne électorale. Lorsqu’il s’est porté candidat puis a été élu, il a fait ses véritables débuts en intégrant son cabinet en tant que directeur de communication.
Rapidement, son talent l’amena au cœur de la vie publique. Directeur de communication au bureau du sénateur Senatus , collaborateur de ministres et de parlementaires, conseiller législatif, chef adjoint du protocole… Magnekell Regulus toucha à tous les rouages de l’État. Dans l’ombre, il rédigeait, analysait, accompagnait, construisant peu à peu une expertise respectée.
Au ministère de l’Économie et des Finances, à la Direction générale du Trésor, à la Commission nationale des marchés publics, il affina ses compétences techniques. De la gestion budgétaire au contrôle des investissements publics, il s’imprégna des mécanismes complexes qui régissent l’État, en gardant toujours pour repère la recherche de l’efficacité et du bien commun.
Aujourd’hui, Magnekell Regulus est plus qu’un avocat ou un fonctionnaire polyvalent. Il est une référence de persévérance, un modèle d’ascension sociale bâtie non pas sur la facilité mais sur l’effort, l’abnégation et la solidarité. Ses recherches, son goût de l’analyse et sa passion pour la transmission témoignent d’un homme qui n’a jamais cessé d’apprendre pour mieux servir.
Mais son engagement ne s’arrête pas aux bureaux climatisés. Marqué par son propre parcours de privations, il tendit la main à des dizaines de jeunes du Nord-Est.Dans sa communauté, il soutient des projets sociaux et éducatifs : distribution de machines à coudre, appui aux écoles, formations professionnelles, construction d’infrastructures de base, médiations en période de crise. Son engagement citoyen illustre une conviction : le savoir n’a de valeur que s’il se partage.
«Entre 2015 et 2025, j’ai initié et accompagné de nombreuses actions communautaires, principalement dans le Nord-Est, et plus particulièrement à Ouanaminthe. Grâce à ces démarches, soixante-dix jeunes ont pu intégrer l’université. Plusieurs d’entre eux ont bénéficié de bourses que j’ai sollicitées auprès d’institutions telles que l’Université Roi Henry Christophe du Cap-Haïtien, l’Université Polyvalente d’Haïti (UPH) à Cap-Haïtien et à Port-au-Prince, l’UNIFA, Quisqueya, Notre-Dame, l’Université Soleil d’Haïti ou encore l’Université de Port-au-Prince. Certains étudiants ont été soutenus grâce à des parrains que j’ai identifiés, d’autres ont vu leurs frais directement financés par mes soins», a-t-il raconté.
D’un orphelin fragile promis à l’oubli est né un professionnel accompli, un homme de loi et de devoir. Servir sa communauté avec amour et passion est sa réponse à la vie, son remerciement à la Providence qui lui a permis de transformer les blessures en lumière. En Magnekell Regulus, c’est toute une jeunesse haïtienne qui peut reconnaître qu’aucun destin n’est irréversible, pourvu que persévérance et espoir demeurent.
L’un des messages les plus constants que Me Regulus tient a transmettre à la jeunesse haïtienne est celui de l’engagement, tant social que politique. Il ne suffit pas de critiquer le pays, il faut agir, apprendre, et refuser de poser des gestes qui aggravent les maux de la société. Il invite les jeunes à définir avec lucidité ce qu’ils veulent vraiment non pas ce qu’ils aiment, mais ce qui leur sera réellement utile pour bâtir l’avenir qu’ils désirent. Rien n’est impossible pour qui trace sa propre route.
Si le chemin n’existe pas encore, c’est à vous de l’ouvrir. Ne laissez ni le doute ni la peur vous paralyser ; même sous l’orage, avancez, car c’est sous la pluie que naissent les sources. Faites ce que vous jugez juste sans attendre la validation d’autrui, formez-vous avec rigueur, apprenez les langues, maîtrisez la technologie, et devenez des acteurs, non des spectateurs du destin de votre pays. Avec une vision claire, des choix réfléchis et une détermination sans faille, les crises d’Haïti pourront peut-être ralentir votre marche, mais elles ne détruiront jamais vos rêves.



