
Il est difficile de parcourir les rues de Ouanaminthe sans croiser sa silhouette, caméra en main, regard concentré, sourire courtois. Mackendy Joseph s’impose par sa présence discrète mais déterminée, tel un témoin infatigable qui capture les instants pour mieux les offrir à la mémoire collective. Entre l’agriculture, le journalisme, le secourisme et la photographie, il trace une trajectoire plurielle, celle d’un homme enraciné dans sa terre natale mais ouvert à mille horizons
Né le 31 août 1992 à l’habitation Péra, dans la localité de «Bassin Grand Chemin» (Haut-Maribahoux, 1ère section de Ouanaminthe), il est le fils d’Edenie Mompremier et de Maxône Joseph, tous deux commerçants. Ses parents, séparés tôt, lui laissent une famille élargie composée de sept (7) frères et quatre (4) sœurs. Loin d’une enfance douloureuse, Mackendy grandit chez sa grand-mère dans une atmosphère où la discipline forge la résilience et la responsabilité paternelle n’a jamais fait défaut malgré la distance.
Son parcours scolaire s’enracine dans une seule institution : «le Collège Toussaint Louverture», où il achève ses études classiques jusqu’en 2014. Puis il se dirige à Cap-Haïtien, pour intégrer l’Université Anténor Firmin, où il étudie l’agronomie pendant cinq années. « Avan je me pose cette question : pourquoi ne pas devenir médecin? Mais l’amour que j’ai pour la nature et l’agriculture a fini par m’emporter », confie-t-il, avouant que son cheminement professionnel n’a pas toujours été guidé par des choix délibérés, mais souvent par la force des circonstances et la fidélité à ses passions.
De retour à Ouanaminthe, il explore d’autres sentiers. Entre haute couture, enseignement (une courte période), formations diverses en techniques douanières, en secourisme, en foresterie, en photographie et vidéographie, Mackendy devient un véritable professionnel multitâches. Chaque étape, même inachevée telle que la haute couture, devient un maillon précieux d’un itinéraire en construction.
Mais c’est dans le monde des médias qu’il trouve un souffle particulier. Animateur à Radio Métrostar, puis voix et visage de la Radio Idole 100.3 FM, il est aujourd’hui présentateur de l’émission « Nou Konekte » et directeur général adjoint de la station. En parallèle, il fonde en janvier 2024 « Wanament Sa Kap Fèt », un média digital qui se veut être le miroir et la caisse de résonance de sa communauté. « Nous avons voulu montrer que l’histoire d’une ville ne se limite pas à son centre », explique-t-il. Ce projet collectif, avec un début difficile est né d’une vision et porté par une poignée d’amis tels que : Sendy Milfort et Cafca Raphaël.
Photographe passionné, Mackendy ne revendique pas le titre de professionnel. Mais sa sensibilité et sa soif d’apprendre le conduisent à effectuer des recherches continues et suivre sans cesse des formations pour s’assurer que la qualité et l’authenticité soient au rendez-vous dans ses clichés. Pour lui, l’appareil photo n’est pas seulement un outil : c’est un prolongement de son regard, une façon de célébrer la beauté cachée dans les détails.
Son engagement va bien au-delà de l’image. Entrepreneur, Agronome et pédagogue de circonstance, il se donne pour mission de créer des espaces où les jeunes de Ouanaminthe croyant en leurs rêves peuvent essayer de les réaliser. Ce n’est pas le pouvoir politique qui l’attire, mais le pouvoir des idées et des initiatives citoyennes. À ses yeux, le changement ne vient pas uniquement de l’État, mais de l’énergie des habitants qui osent se mettre ensemble.
Dans son parcours, les épreuves ne sont jamais considérées des échecs mais des leçons. Chaque difficulté devient une opportunité de croissance. S’il n’a pas encore atteint tous ses objectifs, il affirme déjà rendre à sa ville une partie de ce qu’elle lui a donné. Sa philosophie repose sur la passion, plus forte que l’argent, et sur la conviction que la qualité du travail réside dans l’amour qu’on y met.
Aujourd’hui, sa notoriété s’étend au-delà des frontières de sa ville natale. Invité à couvrir des événements dans d’autres communes, il perçoit dans le journalisme et la photographie une manière d’agrandir son cercle, de bâtir des ponts, d’honorer la mémoire des lieux et des visages. Il rêve d’un média qui soit non seulement une vitrine, mais un levier pour l’avenir d’une communauté.
À la jeunesse délaissée et découragée par les incertitudes du pays, Mackendy laisse un message qui lui ressemble : « Pa janm di peyi a pa fè anyen pou nou. Anpil fwa, se nou ki pa sezi opòtinite yo lè yo prezante ». Par ces mots, il rappelle que l’histoire ne s’écrit pas seulement avec des institutions, mais avec des individus qui savent transformer chaque instant en lumière.



