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Libération des routes nationales en fin du mandat du CPT, quel miracle tardif de Mario Andrésol!

C’est une annonce qui tombe à pic, presque miraculeuse. L’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) et actuel secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, a fait savoir que la route du Sud et celle du Nord, contrôlées par des bandes armées depuis plusieurs années, seraient très bientôt débloquées. Une promesse qui arrive comme une révélation tardive, alors que des milliers de citoyens ont été pris en otage, économiquement et humainement, par l’insécurité chronique.

L’ironie de la situation réside dans le timing de cette déclaration. Après des années de blocage, de morts, de rançons, de marchandises détruites et de familles isolées et appauvries, l’État semble soudainement redécouvrir l’existence de ces axes vitaux. Coïncidence troublante! Cette sortie médiatique intervient à environ un mois de la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) qui était censé remettre le pays sur les rails de la sécurité et de la bonne gouvernance.

Depuis son installation, le CPT avait pourtant reçu un mandat clair : restaurer l’autorité de l’État, lutter contre l’insécurité, créer les conditions minimales pour un retour à l’ordre démocratique et organiser des élections générales. Mais au lieu de s’attaquer frontalement aux gangs qui contrôlent routes, quartiers et ports, les membres de cette structure ont surtout brillé par leurs luttes intestines, leurs querelles de pouvoir et leurs calculs politiques à courte vue.

Pendant que les citoyens comptaient les morts et que les transporteurs abandonnaient les routes nationales, les dirigeants du CPT semblaient davantage préoccupés par la répartition des postes, les alliances fragiles et les rivalités internes. Les grandes annonces sécuritaires ont été remplacées par des silences gênés, ponctués de promesses vagues.

Car derrière cette soudaine volonté de débloquer  le pays se profile une autre urgence, celle de la survie politique. À l’approche du 7 février, date symbolique et constitutionnelle, certains membres du CPT se livreraient à des manœuvres pour prolonger leur mandat au-delà du terme prévu. Dans ce contexte, l’annonce de Mario Andrésol ressemble moins à une stratégie sécuritaire mûrement réfléchie qu’à un argument de dernière minute pour justifier une éventuelle prorogation.

Maintenant, il reste à savoir si cette promesse tardive se traduira par des actes concrets ou si elle rejoindra la longue liste des engagements non tenus. Pour une population épuisée par l’insécurité et la misère, l’ironie n’est plus un luxe, elle est devenue un mécanisme de survie face à un État qui semble ne se réveiller que lorsque le pouvoir lui échappe.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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