
À Miami, un jury fédéral est désormais appelé à trancher l’une des affaires les plus troublantes de la politique haïtienne: l’assassinat du président Jovenel Moïse. Après plusieurs semaines d’audience, les délibérations ont débuté dans un climat de forte tension, alors que l’accusation et la défense livrent deux récits diamétralement opposés d’un crime qui a profondément marqué l’histoire récente d’Haïti.
Le récit de l’attaque, livré au tribunal, reste glaçant. Martine Moïse, réveillée en pleine nuit par des tirs nourris, s’est d’abord préoccupée de mettre ses enfants à l’abri avant de rejoindre la chambre conjugale. Selon le procureur Jason Wu, elle y aurait été grièvement blessée, contrainte d’assister, impuissante, à l’exécution de son époux par un commando armé, décrit comme composé de mercenaires aguerris. Ce témoignage constitue l’un des piliers émotionnels et judiciaires de l’accusation.
Au cœur du procès, quatre accusés sont poursuivis pour complot en vue d’enlever ou d’assassiner le chef d’État. Parmi eux, Antonio Intriago et Arcángel Pretel Ortiz, soupçonnés d’avoir orchestré le recrutement de mercenaires colombiens via des sociétés de sécurité. Selon l’acte d’accusation, l’opération aurait été planifiée durant plusieurs mois en Floride, motivée par des ambitions politiques et financières. Les accusés encourent la réclusion à perpétuité.
Face à ces charges, la défense s’efforce de semer le doute. Les avocats contestent la fiabilité de l’enquête, évoquant des lacunes dans les preuves médico-légales et des incohérences dans les témoignages, y compris celui de la Première dame. Ils avancent également une thèse alternative, celle d’un complot interne haïtien, dans lequel des acteurs locaux, notamment Joseph Félix Badio, auraient joué un rôle central dans la planification et l’exécution du crime.
Au-delà des joutes judiciaires, ce procès met en lumière la complexité d’un assassinat aux ramifications internationales. Entre zones d’ombre, rivalités politiques et intérêts transnationaux, la vérité judiciaire reste suspendue à l’appréciation des jurés. Leur verdict, attendu avec une attention soutenue, pourrait non seulement sceller le sort des accusés, mais aussi contribuer à éclairer une tragédie dont les répercussions continuent de hanter la société haïtienne.



