
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, entre janvier et août 2025, les exportations dominicaines vers Haïti ont atteint près de 776 millions de dollars américains, en hausse de plus de 32 % par rapport à l’année précédente. Pendant que la République voisine encaisse des profits exceptionnels, Haïti, elle, continue de s’enfoncer dans une incapacité chronique à produire ce qu’elle consomme. Cette tendance n’est pas nouvelle, mais elle illustre une fois de plus l’échec total des politiques économiques nationales, incapables de relancer la production locale depuis plusieurs décennies.
Derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité accablante, Haïti ne produit presque plus rien. Le ciment, le fer, l’huile, les tissus, les vêtements, etc. tout ou presque provient désormais de la République dominicaine. Nos marchés, de Ouanaminthe à Port-au-Prince, sont inondés de produits étrangers pendant que nos terres, jadis fertiles, sont abandonnées ou exploitées sans encadrement par des pauvres paysans. Le déséquilibre de la balance commerciale, qui s’élargit année après année, traduit le déclin d’un État qui a renoncé à son autonomie économique.
Cette dépendance outrancière n’est pas le fruit du hasard, mais celui du laxisme de tous les gouvernements successifs. Aucun n’a su ni voulu investir sérieusement dans l’agriculture, l’industrie ou la transformation locale. La politique économique s’est réduite à importer ce que d’autres produisent, pendant que les jeunes entrepreneurs, artisans et cultivateurs haïtiens manquent de soutien, de financement et d’encadrement. Haïti est devenue un marché attirant, une destination commerciale alléchante pour son voisin dominicain.
Pire encore, au lieu de repenser un modèle de production nationale, les autorités actuelles semblent s’accommoder de cette dépendance. Elles multiplient les discours sur la souveraineté et la relance économique, mais sans jamais passer à l’action. Pendant que les exportations dominicaines bondissent de plus de 50 % dans plusieurs secteurs, les importations haïtiennes vers la République voisine chutent de près de 58 %. Le commerce bilatéral est devenu un monologue, la République dominicaine vend et Haïti achète.
Ce déséquilibre structurel constitue une menace directe pour la sécurité économique et politique d’Haïti. Car un pays qui ne produit rien ne décide plus de rien. Chaque hausse de prix, chaque restriction frontalière, chaque crise politique dominicaine a des répercussions dans nos foyers. L’absence d’une stratégie nationale de production expose le pays à une dépendance alimentaire dangereuse, qui fragilise encore davantage le tissu social et la stabilité.
Il est temps que les dirigeants haïtiens, présents et futurs cessent de gouverner en simples gestionnaires de crise et adoptent une politique ambitieuse de relance de la production nationale. Cela suppose des investissements ciblés, une réforme foncière, un appui technique aux producteurs, et une protection très intelligente du marché intérieur. Sans une volonté patriotique et nationaliste, Haïti continuera d’être une nation consommatrice et assistée, spectatrice de sa propre marginalisation économique aux yeux du nombre.



