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Le PM Alix Didier Fils-Aimé sacrifie les opérations contre les gangs sur l’autel des intérêts inavouables.

La décision prise par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ce mercredi 21 janvier 2026 sur la page Facebook officielle de la Primature, pour ordonner le retrait des barricades dans plusieurs zones de la capitale constitue un acte grave, irresponsable et politiquement dangereux. Sous couvert de défense de la liberté de circulation et de l’ordre public, le chef du gouvernement a pris une mesure qui fragilise directement les opérations en cours contre les gangs armés et expose des populations déjà martyrisées à des représailles immédiates. Cette décision, prise depuis les bureaux climatisés de l’État, trahit une méconnaissance choquante ou un mépris assumé de la réalité du terrain.

Dans les quartiers sous menace permanente, les barricades ne sont pas de simples entraves anarchiques à la circulation, elles représentent souvent la dernière ligne de survie des citoyens abandonnés par l’État. Les faire enlever sans sécurisation préalable ni plan alternatif crédible revient à livrer ces zones aux groupes criminels qui terrorisent, violent et assassinent en toute impunité. En clair, le Premier ministre retire aux habitants leur unique moyen de ralentir l’avancée des gangs, tout en étant incapable de garantir leur protection.

En instruisant le Directeur général de la Police nationale d’Haïti de mobiliser tous les moyens nécessaires pour lever les barricades, Alix Didier Fils-Aimé pose un acte qui frôle l’entrave aux opérations de sécurité elles-mêmes. Cette directive désorganise le travail des forces de l’ordre, expose leurs positions et facilite la mobilité stratégique des gangs. À ce stade, il est légitime de se demander si cette décision relève de l’incompétence manifeste ou d’un calcul politique cynique aux conséquences potentiellement meurtrières.

Le Premier ministre prétend  assumer pleinement ses responsabilités constitutionnelles en matière de protection des personnes et des biens. Or, les faits démontrent l’inverse. Assumer ses responsabilités ne consiste pas à multiplier les déclarations solennelles, mais à prendre des décisions qui sauvent des vies. En affaiblissant les dispositifs communautaires de défense sans offrir de protection effective, le chef du gouvernement engage directement sa responsabilité politique et morale dans toute aggravation de la violence qui pourrait en découler.

L’appel au respect de l’État de droit et à la responsabilité citoyenne sonne comme une provocation pour des citoyens qui vivent sous la loi des gangs. Comment exiger le respect scrupuleux de l’ordre public lorsque l’État est absent, défaillant ou incapable d’assurer sa mission régalienne fondamentale ? Ce discours relève davantage de la rhétorique de façade que d’une gouvernance lucide et responsable face à l’effondrement sécuritaire du pays.

En définitive, la décision d’Alix Didier Fils-Aimé apparaît comme une faute politique majeure et un signal désastreux envoyé à la population comme aux gangs. En voulant rétablir l’ordre par décret, sans maîtrise réelle du territoire, le gouvernement affaiblit l’action policière, démoralise les citoyens et renforce objectivement les groupes armés. Si le chaos s’aggrave, si des quartiers tombent, si des vies sont perdues, le Premier ministre ne pourra pas se réfugier derrière de beaux discours. L’histoire retiendra qu’il a choisi ses intérêts personnels plutôt que la protection du peuple.

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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