
Dans un arrêt dont les répercussions judiciaires et politiques ne sauraient être sous-estimées, la Cour d’appel de Port-au-Prince a rendu son verdict ce 29 mars 2026. Les hauts magistrats ont décidé d’écarter les charges d’inculpation qui pesaient contre deux anciennes figures du Sénat haïtien, Joseph Lambert et Youry Latortue. Poursuivis pour des faits présumés de corruption, les deux hommes voient ainsi les poursuites intentées à leur encontre être définitivement annulées, une décision qui ravive le débat sur l’efficacité de la lutte anticorruption dans le pays.
L’affaire, qui avait défrayé la chronique, trouvait son origine dans les investigations menées par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). L’organisme anticorruption avait notamment épinglé Youry Latortue pour un cas flagrant de prise illégale d’intérêts. Selon les enquêteurs, l’ancien parlementaire avait procédé à la nomination de sa propre mère en tant que coordinatrice de son bureau parlementaire, une entorse manifeste aux principes déontologiques et à la légalité régissant la gestion publique.
Ce volet de l’accusation, jugé particulièrement emblématique des dérives clientélistes souvent dénoncées au sein de la classe politique, constituait le cœur du réquisitoire de l’ULCC. Pour l’institution, cette nomination directe d’un ascendant à un poste stratégique au sein de l’administration d’un élu contrevenait de manière explicite aux dispositions légales visant à prévenir les conflits d’intérêts. Pourtant, la Cour d’appel a choisi de ne pas retenir ces griefs, préférant, selon les observateurs, privilégier une lecture restrictive des faits.
En invalidant les poursuites, la juridiction donne ainsi un nouveau souffle judiciaire à ces deux anciens élus, dont l’influence politique demeure contestable aux yeux de la population haïtienne. Ce verdict met également en lumière les difficultés récurrentes qu’éprouvent les institutions comme l’ULCC à faire aboutir les dossiers sensibles face à un pouvoir judiciaire très souvent gangrené par la corruption aussi. Pour les partisans d’une gouvernance vertueuse, cet acquittement constitue un gifle de plus dans la quête de transparence et la lutte contre l’impunité.



