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Honorée aux Bahamas, Wideline PIERRE plaide pour la réhabilitation de nos héroïnes oubliées

À l’occasion de la commémoration de la Bataille de Vertières, ce 18 novembre 2025 l’Ambassade d’Haïti aux Bahamas a offert une tribune symbolique pour honorer deux figures féminines haïtiennes : l’ Ing-Architecte Wideline Pierre et la Dre Bertrude ALBERT. En présence de plusieurs centaines de compatriotes réunis à l’invitation de l’ambassadeur Dern Jovens Bonhomme a organisé un évènement digne de la dimension de cette date historique.

Cette initiative a été saluée comme un geste réparateur dans un pays où l’histoire nationale a longtemps minimisé, voire invisibilisé, le rôle majeur des héroïnes de la Révolution haïtienne. En leur donnant voix et visibilité, l’Ambassade marque une rupture importante avec une tradition historiographique qui a privilégié les héros masculins au détriment de femmes pourtant centrales dans la conquête de la dignité noire.


Dans son discours vibrant, Wideline Pierre a rappelé, devant le corps diplomatique et les membres de la diaspora, la portée universelle de la bataille du 18 novembre 1803. Elle a souligné que Vertières ne fut pas un simple affrontement militaire mais un choc frontal entre deux visions opposées de l’humanité, celle d’un système esclavagiste fondé sur l’humiliation et l’exploitation des noirs, et celle d’un peuple refusant de mourir sans dignité. Son allocution a résonné comme une réhabilitation morale des combattantes de l’indépendance, dont Sanité Bélair, Claire Heureuse, Cécile Fatima et Marie-Jeanne Lamartinière, souvent reléguées au second plan malgré leur contribution décisive.

Dessalines, Capois-La-Mort, mais aussi Marie-Jeanne et Sanité Bélair y avaient incarné la lutte pour la liberté absolue, une vérité que les générations successives semblent parfois oublier. Mme PIERRE a insisté sur le fait que ces femmes, trop longtemps invisibilisées par les récits officiels, avaient porté aussi haut que les hommes l’étendard de la liberté, et qu’il est temps de restaurer pleinement leur place dans la mémoire collective. Le choix de l’Ambassade de les mettre en avant participe de cette volonté de rééquilibrage historique indispensable.

Tout en célébrant cette victoire fondatrice, Wideline PIERRE a évoqué sans détour la crise multidimensionnelle que traverse Haïti aujourd’hui considérée comme une crise sociale, politique, économique et sécuritaire qui fragilise les fondements mêmes de la nation. Dans un parallélisme puissant, elle a rappelé que les ancêtres avaient reconstruit l’espoir dans des conditions plus tragiques encore. « Libètenpa negosyab, diyite pa vann », a-t-elle affirmé, invitant chaque Haïtien, au pays comme dans la diaspora, à puiser dans l’exemple héroïque de 1803 la force de rebâtir une nation digne et stable.


La mise en lumière des femmes dans cette commémoration apparaît dès lors comme un message adressé aux générations présentes : reconstruire Haïti implique de reconnaître toutes ses forces, y compris celles que l’histoire a trop souvent marginalisées. En honorant Wideline PIERRE et la Dre Bertrude ALBERT, l’Ambassade d’Haïti aux Bahamas pose un acte politique et symbolique fort, un geste de réparation envers ces héroïnes dont la mémoire a été longtemps éclipsée. Ce choix porte un appel à reconsidérer l’héritage féminin de la révolution haïtienne, non comme un élément secondaire, mais comme une colonne essentielle de l’édifice national.


Enfin, Mme PIERRE a salué la solidarité du peuple bahaméen, qui accueille de nombreux haïtiens malgré les défis migratoires actuels. Elle a réaffirmé que la bataille pour la dignité humaine ne s’achève jamais et qu’elle doit se poursuivre chaque jour par l’engagement de citoyens convaincus. En concluant par un vibrant hommage aux combattants de 1803, elle a rappelé que Vertières demeure un phare pour l’humanité entière. Et grâce à cette cérémonie, marquée par l’élévation de voix féminines longtemps étouffées, Haïti adresse au monde un message renouvelé : «un peuple qui n’oublie pas ses héroïnes et qui se bat pour que justice soit enfin rendue à toutes les forces qui l’ont façonné ne peut pas mourir».

ACCILIEN JACKENSON

Agronome/Politologue/Journaliste

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