
La lutte contre l’insécurité, le désarmement et la restauration de la paix exigent des responsables dont l’intégrité morale et le parcours professionnel inspirent confiance. Pourtant, dans le département du Nord-Est, le choix de confier la coordination départementale de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réintégration (CNDDR) à Me Louis Jacques Elie, ancien juge de paix écarté du système judiciaire à la suite d’une enquête du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), soulève de sérieuses interrogations sur les critères de nomination du pouvoir en place.
Cette désignation apparaît d’autant plus controversée que le dossier de l’ancien magistrat aurait été marqué par de graves accusations de corruption, des manquements à l’intégrité morale et une appréciation particulièrement défavorable dans le cadre des procédures disciplinaires du CSPJ. Une telle situation interpelle sur la cohérence des choix opérés par les autorités, particulièrement lorsqu’il s’agit d’attribuer des responsabilités dans un domaine aussi sensible que la sécurité et la consolidation de la paix.
Le vendredi 6 novembre 2026, sous le patronage de la Primature, Me Louis Jacques Elie a pris part, à Orix Hôtel, à Ouanaminthe, à une assise départementale consacrée à la politique nationale de désarmement, de démantèlement et de réintégration. L’activité a réuni des autorités judiciaires et administratives, des organisations féminines, des représentants de la société civile, des secteurs religieux, économiques et éducatifs, ainsi que des jeunes et des professionnels de la presse. Dans son intervention, le coordonnateur départemental a salué les nouvelles orientations de la CNDDR en faveur du dialogue, de la prévention de la violence et de la recherche de la paix.
Cependant, derrière les discours sur la réconciliation, la cohésion sociale et la restauration de la confiance, une question fondamentale demeure : quelle crédibilité peut revendiquer une institution chargée de promouvoir la paix lorsque ses représentants suscitent eux-mêmes de profondes réserves sur le plan de l’éthique publique ? La Primature, qui assure le parrainage de cette initiative, ne peut se soustraire à sa responsabilité politique dans les choix de personnes appelées à incarner l’autorité de l’État. Cette situation alimente le sentiment d’une gouvernance à géométrie variable, où les exigences de probité semblent parfois céder devant des considérations qui échappent à l’intérêt général.
Au-delà du cas de Me Louis Jacques Elie, cette nomination remet sur la table la question de la responsabilité des dirigeants dans la gestion des institutions publiques. Le désarmement ne saurait se limiter à récupérer des armes et à démanteler des groupes violents. Il suppose également de restaurer la confiance dans les institutions et de garantir l’exemplarité de ceux qui les représentent. En maintenant un tel choix sans explication publique sur les antécédents disciplinaires concernés, le pouvoir en place prend le risque de fragiliser davantage la crédibilité de la CNDDR et de compromettre le discours officiel sur la bonne gouvernance. La paix exige des actes cohérents, pas des nominations qui donnent le sentiment que l’intégrité demeure une exigence à géométrie variable.



