
La neutralité de l’État haïtien face aux prochaines échéances électorales est une nouvelle fois mise à rude épreuve. Au Cap-Haïtien, le commissaire du gouvernement, Eno Zéphyrin, se retrouve au centre d’une controverse politique et institutionnelle. Candidat au Sénat pour le département du Nord-Est sous la bannière de la plateforme VIKTWA, il est accusé de démarrer sa campagne électorale alors qu’il occupe encore ses fonctions au sein du parquet. Une situation qui soulève de sérieuses interrogations sur le respect des dispositions du décret électoral et sur l’égalité de traitement entre les candidats.
Le cas d’Eno Zéphyrin devient d’autant plus embarrassant que, selon les informations disponibles, d’autres commissaires du gouvernement, également candidats aux élections, auraient été remplacés immédiatement après leur démission. Lui, en revanche, aurait remis sa démission sans qu’un remplaçant soit nommé. Cette différence de traitement nourrit les soupçons d’une administration à géométrie variable, où les exigences institutionnelles semblent dépendre de l’appartenance politique des intéressés.
Derrière cette situation se dessine une question politique majeure : le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé applique-t-il les mêmes règles à tous les acteurs engagés dans la compétition électorale ? Le fait qu’Eno Zéphyrin soit candidat sous la bannière de VIKTWA, plateforme présentée comme proche du pouvoir, alimente les accusations de favoritisme et de complaisance politique. Si le gouvernement exige le départ de certains responsables candidats, il ne saurait fermer les yeux sur la situation d’un candidat bénéficiant de sa proximité politique. L’autorité de l’État ne peut devenir un instrument au service d’intérêts partisans.
À l’approche des élections, cette affaire met directement en cause la crédibilité du processus électoral. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit clarifier la situation administrative d’Eno Zéphyrin et démontrer que son gouvernement ne pratique aucun traitement préférentiel. La compétition démocratique exige des règles identiques pour tous les candidats. Lorsqu’un responsable public semble bénéficier d’une tolérance refusée à d’autres, c’est la neutralité de l’État, l’équité électorale et la confiance citoyenne qui se trouvent fragilisées. Le pouvoir ne peut réclamer la crédibilité des élections tout en laissant prospérer de telles contradictions.



